COQUETTERIE

 

 La salle d’attente est bondée. Le temps s’étiole entre magazines feuilletés et bâillements à peine contenus. Elle est assise en face moi. Elle tue son impatience en croisant et décroisant ses longues jambes satinées. Le frottement régulier de ses cuisses sur le voile fin m’agace. Quand, enfin, je daigne lever les yeux vers elle, son regard de biche s’agrippe aussitôt au mien en même temps que sa bouche tulipe incandescente s’ouvre généreusement. Deux points noirs se sont malicieusement glissés dans ses interstices dentaires.  J’hésite entre graine de pavot ou pépin de kiwi.

 

Micro-nouvelle (- de 100 mots) publiée sur le blog de la revue Harfang avril 2015.

Extraits

UN PIANO SANS AIR

 

Domitille s’acharne, les lèvres pincées. Ses doigts aquilins se crispent sur le peigne, mais la vieille dame n’en démord pas : elle s’éloignera du miroir lorsqu’elle se jugera présentable. Pas avant. Elle a renoncé, voici quelques mois, à son traditionnel chignon au profit d’un élastique ourlé de fils dorés pour attacher sa chevelure. Ce n’est pas pour capituler maintenant. Certes, elle peste contre son peigne à la frange édentée dont elle ferait mieux de se séparer, elle ronchonne après le temps qu’il lui faut pour ne rien faire, mais elle persévère, elle s’accroche. D’autant qu’elle sait pertinemment à quoi attribuer la maladresse accrue de ses mains ce matin ; son piano va à nouveau enchanter de ses mélodies l’appartement. C’est un projet un peu fou, elle le conçoit. 

 

 

 

 

TOI, MONSIEUR.

 

 

             Envie de lui souffler : monsieur, tu as le droit de pleurer. De laisser tes larmes couler.

 

            Bientôt Noël. L’allée principale de ce grand magasin suffoque entre les étals qui débordent et les clients qui grouillent. Les caddys s’entrechoquent, les regards à la limite de l’impatience se heurtent, les enfants trépignent. Des lianes de guirlandes dorées et argentées scintillent et oscillent de concert. Parmi ce décor de fête aux allures de forêt vierge, j’ai disposé mes livres sur une table ronde. En vrac, dans un désordre étudié, j’ai laissé les couvertures se chevaucher et les couleurs se côtoyer pour attirer l’œil.     

            Les gens franchissent par assaut les portes du magasin. C’est samedi. Les familles se plient au rituel des emplettes. Les derniers cadeaux avant le grand jour.  La corvée pour certains. Ils se trainent, avachis sur le caddy. Le visage fatigué, terne, ils subissent le bourdonnement musical, les frôlements intempestifs, les annonces au micro.

            Et puis, toi, monsieur, au milieu de tout ce bruit.

Ces mots dédiés à ma maman me sont venus, un jour, au petit matin. Elle nous a quittés quelques jours après.

LA MARELLE

Troubles cognitifs liés à l’âge.
La petite cellule familiale, pas plus grosse qu’un muffin coupé en quatre, écarquille les yeux. 
Jamais, avant la chute. Tout au plus des pertes de mémoire, comme tout le monde. Alors, elle pointe du nez la morphine, la déshydratation et l’environnement : l’hôpital perturbe les personnes âgées, c’est bien connu. 
Et puis, la bonne nouvelle arrive. Les os se consolident, elle pourra marcher à nouveau. Elle réintègre son chez elle. Un assistanat est mis en place.
De fait, la vie reprend son cours. Mais plus comme avant. Elle déambule, hésitante. Elle déambule et s’impatiente. Elle déambule et oublie. Des noms. Des prénoms. Comme tout le monde, non ? reprend une des parts du muffin. Plutôt comme une vieille dame qui joue à la marelle et qui saute une case, répond, lucide, une autre part. 
De temps en temps. Plus souvent que parfois. 
Hâte d’atteindre le Ciel ?
Puis, entre mots choisis et paroles perturbées, ce constat :
- Personne vient me voir ?
Si. A dose très homéopathique. 
La petite cellule familiale excuse : 
- les gens ont perdu quelque chose de précieux : le temps. Chacun tente de s’organiser suivant ses obligations et aussi, ses envies.
Son regard qui refuse de l’admettre. Elle, qui a consacré tant de temps à visiter les malades. Elle qui s’est investie pour rendre des solitudes plus douces.
Une année s’est écoulée. Formidable !
Une année pour s’enliser. 
La vieille dame vit alitée maintenant. A l’horizontal pour toujours. Le sommeil joue à la marelle avec ses pensées incohérentes. Une case pour grignoter, une pour sommeiller. Une case pour divaguer, une pour refuser de comprendre.
Hâte de gagner le Ciel ?

 
 
 
 

 DU NOUVEAU ! 

l'Association Vendéenne des Auteurs Ecrivains  VENT DES LETTRES

www.vent-des-lettres.com

Venez me rejoindre !

 

ELLE ET LUI 

mon dernier recueil de nouvelles !!!

avec

La nouvelle en hommage à mes parents, lauréate d'un concours et publiée dans un magazine féminin 

Une nouvelle relatant une histoire  vécue lors d'une séance de dédicaces..

Et tant d'autres...  où se côtoient la colère, l'émotion, l'amour, le dégoût.

 

Nouveau !

LA MARELLE

dédiée à ma maman

dans extraits

 

Pour échanger quelques mots..

de vous à moi,   c'est en-dessous... 

A bientôt ?

gobin.pierrette@orange.fr

Version imprimable Version imprimable | Plan du site
© Pierrette Gobin-Vaillant